
|

 |
|
Je t'aime à l'italienne
|
|
Interview paru dans Hard-Rock de Mars 1999.
In A Reverie, le premier album de Lacuna Coil, a tous les atouts pour
fédérer les fans du metal atmosphérique popularisé par The
Gathering. En affirmant sa personnalité et en affinant ses compositions,
Lacuna Coil a donné des formes généreuses à une
sensualité débordante. On est allés à la rencontre de deux des
représentants de cette nouvelle forme de romantisme à l'italienne, le
chanteur Andrea et la vocaliste Cristina.
"Je ne savais pas que Reverie était égelement un mot
français", révèle dans toute sa candeur Cristina, dont le
charme méditerranéen est loin de laisser indifférent un troupeau
de rustres... Le titre de cet album est des plus appropriés. Il traduit une double
réalité: un univers atmosphérique soyeux et énergique au
confluent de Paradise Lost et de The Gathering et un début de
carrière fulgurant. Avec un seul MCD éponyme, la plus câline des
formations italiennes, est parvenue à s'attirer la sympathie des
exégètes, du public, et s'est retrouvée propulsée sur les
tournées de Moonspell et de The Gathering. Quand on constate les
progrès de géant accomplis depuis le premier mini-LP, le potentiel de
Lacuna Coil ne fait plus aucun doute. Les Italiens manipulent le rêve
atmosphérique pour le transformer cri un succès, tangible inéluctable.
Tout d'abord, quel a été
le groupe qui vous a donné envie de mélanger les vocaux féminins et
masculins ?
Andrea: Certaines chansons des débuts de
Paradise Lost, sur l'album Gothic.
Il y a eu pas mal de changements de
line-up depuis le MCD...
Cristina: Oui. 0n n'a plus de claviériste. On a
un nouveau guitariste et un nouveau batteur. On a également un seconguitariste mais
il ne fait pas partie du groupe, il est juste là pour donner un coup de main pour
les concerts. On préfère avoir un gros osn sur scène, bien metal.
Ces changements n'ont-ils pas
perturbé la réalisation de l'album ?
Andrea: Non car ils sont intervenus il y un an,
après la tournée avec Moonspell. On a préféré se
séparer du claviériste car on voulait écrire des morceaux plus
axés sur les guitares. On souhaitait obtenir quelques chose de puissant.
Avez-vous été surpris par
l'accueil reçu par le mini-LP qui vous a permis de tourner avec Moonspell et
The Gathering ? Ce n'est pas donné à tout le monde...
Cristina: C'est vrai, c'est plutôt inhabituel,
d'autant qu'on a tourné avec Moonspell alors que le MCD était a peine
sorti. Ça veut dire que Century Media croît beaucoup en nous et
considère qu'on a un gros potentiel de développement. Cette
précipitation a fait considérablement le groupe et nous a confortés
dans la voie à suivre.
A l'époque, la première
partie de Moonspell ne vous a-t-elle pas effrayés ? Vous sentiez-vous
prêts ?
Andrea: On n'était pas vraiment prêts
parceque s'était notre première expérience live. C'est après
cette tournée qu'on a dû se séparer de certains membres du groupe car
on a senti qu'on ne pourrait pas aller de l'avant en les gardant. La tournée avec
The Gathering s'est mieux passée car on l'a abordée plus
professionnellement.
Quel public entre celui de The
Gathering et de Moonspell vous a été le plus favorable ?
Andrea: Je ne pense pas qu'ils soient
différents. Durant la tournée de The Gathering, les réactions
ont été un peu plus chaleureuse, mais je pense que s'est dû à
notre meilleur préparation et au nouveau line-up plus efficace.
Cristina: Sur la tournée de The Gathering,
on a été surpris par l'accueil du public français. Alors que les
paroles n'étaient pas imprimées sur le MCD, pas mal de personnes reprenaient
les refrains en choeur. C'était vraiment étonnant, surtout à Paris. On
ne s'attendait pas à ça.
Pour votre mini-LP, vous avez beaucoup
été comparés à The Gathering. En avez-vous souffert ?
Cristina: Non. On l'a plutôt pris comme un
compliment. Nous sommes nouveaux, donc c'est normal d'être comparé à
un autre groupe, surtout quand il y a une chanteuse, ce qui reste encore une exception
dans le metal. C'est vrai que sur le MCD, le style était proche de celui de The
Gathering mais il a maintenant complètement changé. Nous nous sommes
rapprochés du metal alors que The Gathering s'est est éloigné.
Mais lors de la composition d'In A
Reverie, avez-vous fait un effort pour vous démarquer de cette influence
marquée ?
Cristina: Non ! On voulait vraiment faire une musique
plus metal. C'etait d'ailleurs une des autres raisons qui nous ont amenés à
nous séparer de certains membres qui aurait préféré qu'on
prenne une orientation plus rock. On sonne différement cas ce ne sont plus les
mêmes compositeurs. Maintenant, c'est le bassiste qui écrit la majeure partie
des titres et il est très metal !
Tout à l'heure, tu parlais de
Paradise Lost. Cette influence est-elle encore décelable ?
Andrea: Oui, je pense. Plus que celle de The
Gathering, en tout cas.
Cristina: Oui, mais le vieux Paradise Lost.
C'est normal car c'est un groupe qui compte beaucoup pour nous.
Les progès entre le MCD et
l'album sont conséquents. A quoi l'imputez-vous ? Aux tournées, au line-up,
à Waldemar (Sorychia), à la pré-production ?
Andrea: On a eu une semaine de pré-production,
mais ça n' pas trop joué car on n'a pratiquement rien changé. On doit
nos progès au fait qu'on est maintenant une formation soudée où tout
le monde regarde dans la même direction. L'ambiance au sein du groupe est
très bonne. Ça a beaucoup compté. Waldemar nous a appris la rigueur.
Il a eu le rôle d'ingénieur du son. Il n'a pas eu d'influence sur le style.
Pourtant, Cristina, ton chant a
beaucoup évolué: il est plus intense, il exprime plus de feeling... C'est
venu naturellement ?
Cristina: Oui. Waldemar n'a pas modifié ma
manière de chanter. Sur cet album, toutes mes lignes vocales peuvent être
interpretées par Andrea et vice-versa. Après, c'est une question de
tonalités, Il est clair que dans les parties les plus basses, il vaut mieux que ce
soit lui. C'est une sorte de partage naturel. C'est pour cette raison que je dirais que,
sur cet album, on a moins l'impression qu'il n'y a qu'un lead-singer.
Les structures mêmes des
compositions ont évolué: elles sont plus Compactes, plus directes, plus
mémorisables, elles ont un tout autres impact...
Cristina: C'est vrai qu'on a cherché à
obtenir des titres plus fluides. On trouvait que les anciens morceaux étaient un peu
patauds et qu'ils manquaient d'efficacité. Cette fois, on a simplifié et
revu les constructions des chansons dans ce sens-là mais pour éviter
qu'elles soient trop basiques et prévisibles, on a porté une attention toute
particulière aux arrangements. Il ne faut pas que l'auditeur s'attendent aux
éternels enchaînements couplets/refrain. Notre musique est plus vivante que
ça !
Votre album s'appelle In A Reverie.
Pensez-vous que votre musique plonge l'auditeur dans un rêve ?
Andrea: Ça dépend des chansons: certaines
sont assez agressives.
Cristina: Mais notre côté
atmosphérique est a même de susciter ce genre d'émotions.
J'espère qu'on arrive à toucher notre public en profondeur.
Peut-on alors parler d'un bon compromis
entre une musique dark et un côté plus pop ?
Andrea: Oui, car il y a un équilibre entre des
titres assez tristes et d'autres plus rentre dedans.
Cristina: Mais encore une fois, c'est un
résultat naturel. On n'a pas essayé de ménager la chèvre et le
choux.
Il y a une nouvelle version de Falling.
Celle du MCD n'était pas assez satisfaisante ?
Andrea: On a repris Falling car c'était
la première chanson qui n'avait pas été composée par les
membres dont on a dû se séparer. La version actuelle est l'original, telle
qu'elle aurait dû être sur le MCD, mais les autres ont voulu la rendre plus
soft.
Cristina: C'est le vrai Falling !
Quels sont vos chanteurs et chanteuses
préférés ?
Cristina: Le chanteur de Depeche Mode. Pour les
chanteuses, rien de spécial dans le metal. Je préfère les voix black,
soul.
Andrea: J'aime le aussi le chanteur de Depeche Mode
et Peter Steele.
Et Anneke (The Gathering) ?
Cristina: C'est sur, c'est une excellente chanteuse. On
a un peu le même timbre mais je ne la considère pas comme une influence. C'est
une référence pour ce qu'elle a su imposer dans l'univers metal.
Est-ce facile en Italie d'être un
groupe avec une chanteurs qui fait autre chose que de l'accompagnement, vu la
réputation machiste dont les hommes souffrent et vu le caractère true-metal
du public italien ?
Cristina: On est respectés dans les magazines et
par le public. Le problème vient plus de la jalousie d'autres musiciens qui
imaginent que, comme on est chez Century Media, on se la coule douce et qu'on est
des rockstars à la Marilyn Manson. Pourtant, on bosse dur et il n'y a pas de
place pour l'oisiveté. On débute à peine !
Andrea: On n'a pas remarqué en Italie des
réactions plus machistes que dans les autres pays.
Cristina: On n'a pas de problèmes puisqu'on ne
fait pas de black-metal. Pour l'atmosphérique, une chanteuse, ça passe bien.
Les nouvelles photos promotionnelles
jouent à fond la carte sexy/latex et sont éloignées de la session
faite pour le mini-LP qui étaient plus sages. Cristina, ça ne te
dérange pas qu'on manipule ainsi ton image ?
Cristina: La photo que tu as vue est de notre seule
initiative. Century Media n'était pas au courant. Quand ils l'ont vue, ils
ont décidé de l'utiliser car il n'y avait rien d'autre de prêt. On a eu
envie de jouer cette carte-là car je voulais qu'on change d'image mais juste pour le
fun. Je désirais qu'on expérimente un peu car il fallait qu'on se
démarque et qu'on trouve notre propre image. Mais quand même pas au point de
ressembler à Marilyn Manson ! Toutes ces questions de look sont importantes
dans le cadre de la promotion, c'est indéniable, mais je suis convaincu qu'elles ne
prendront jamais le pas sur la musique. C'est juste un plus qu'on ne peut plus ignorer.
FABRICE CASSARO
Photos: Marc VILLALONGA
|
|
 |
|