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La Voix de la Sirène
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Interview paru dans Hard-Rock de Juin 1997.
Depuis que Nighttime Birds, le quatrième album de The Gathering est
parvenu à la rédaction, c'est bien simple, il passe en boucle. Et lorsqu'on
nous a proposé de nous entretenir avec Hans Rutten et surtout avec la divine
chanteuse Anneke Van Giersbergen, faites-nous confiance: on a annulé nos
rendez-vous chez le dentiste et on y est allés fissa !
On avait été prévenus: The Gathering est un groupe de gamins. Malgré
ses 27 ans, Hans Rutten fait extrêmement jeune, et ne parlons pas d'Anneke,
petite et charmante jeune femme de 23 ans, dont nous sommes tous amoureux
depuis que, telle une sirène, elle nous a ensorcelés avec sa voix magnifique.
C'est avec elle que The Gathering a enfin pu décrocher le jackpot, et
exposer sa musique épique et lyrique à un niveau européen: mélange planant de
Pink Floyd et de Dead Can Dance, le tout couché sur des guitares énormes,
toute l'originalité de The Gathering repose sur la voix de Anneke. Et
quelle originalité ! De mémoire de fans d'atmospheric-metal, on n'avait
jamais entendu quelque chose d'aussi intéressant.
Que pensezvous de vos deux premiers albums ?
Hans Rutten: Lorsque je les écoute,
je ne peux m'empêcher de sourire. Mais ce sont quand même deux
bons albums, des underground classics, comme disent certains. Il est
vrai qu'on a eu quelques problèmes avec le chanteur sur le
deuxième : c'était un clone de Mike Patton de Faith No More, et
ce type de voix ne peut pas fonctionner avec la musique de The Gathering...
Mais un groupe peut faire une erreur dans sa carrière. Le
problème, c'est qu'on l'a faite dès le début de la
nôtre (rires) !
La différence entre ce deuxième album et Mandylion est frappante. De quelle manière s'est opérée cette mutation ?
Hans: On ne s'est jamais vraiment
posé la question. Nous avons juste écrit des chansons et je
pense que musicalement, on ne peut pas dire qu'il y ait un vrai changement.
Par contre, il est certain qu'avec l'arrivée de Anneke, les
vocaux ont énormément changé. C'est pourquoi les gens
ont cette impression de changement radical. Mais elle est fausse.
Anneke, comment as-tu intégré The Gathring ?
Anneke Van Giersbergen: J'ai entendu par
un ami commun que le groupe cherchait un ou une vocaliste. A l'époque,
je faisais partie d'un groupe de jazz-folk bluesy et quelques musiciens de
The Gathering sont venus assister à un de nos concerts. Ils
m'ont demandé si je voulais bien participer à une audition. Je
ne l'ai pas fait mais comme ils n'arrivaient vraiment pas à trouver
quelqu'un, ils m'ont rappelée et je me suis rendue à leur
local de répétitions... Et ça a marché (rires) !
As-tu pris des cours de chant ?
Anneke: Oui, et je continue d'ailleurs.
Cela fait presque onze ans maintenant. J'apprends un peu dans tous les
styles: jazz, lyrique... Tout ce qui peut me passer par la tête, je
demande à mon professeur de me l'enseigner.
Mandylion a fréquemment été comparé à Dead Can Dance. Pensez-vous que ce soit justifié ?
Hans: Hmm... Nous sommes quand même
très différents de DCD, même si nous devons admettre que
c'est une source d'inspiration. Si tu y tiens vraiment, disons qu'on est une
version rock de Dead Can Dance, moins cérébrale et
dépressive.
Quelle est votre influence principale ?
Hans: Sans hésiter, Pink Floyd.
Rush également. Mais nous écoutons aussi beaucoup de
techno-house, du jazz, nous essayons d'avoir les goûts les plus
éclectiques possibles. Mais nos influences ne sont pas que musicales:
nous aimons beaucoup les livres, Le Seigneur des Anneaux notamment, et
certains films. Je suis fan de David Lynch, et de... l'Edifion
Spéciale de Star Wars !
Vous êtes six au sein du groupe. Ce n'est pas un peu le bronx pour composer ?
Hans: Non, nous sommes un groupe assez
démocratique. Il nous arrive de jammer, mais ce n'est pas aussi
fréquent que ça. En fait, composer, c'est comme un jeu de Lego.
Mon frère arrive avec un riff, le montre au clavier qui ajoute quelque
chose, et ainsi de suite. Les morceaux se montent petits bouts par petits
bouts.
Comment réagissez-vous lorsque l'on dit que votre musique est parfaite pour planer ?
Anneke: Ben, c'est la
vérité (rires). Ce n'est pas le but, mais visiblement... Il y
a également des gens qui dorment en écoutant The Gathering !
Je ne sais vraiment pas si c'est un compliment mais on me dit parfois:
Lorsque je vais au lit, je mets du Gathering, et je m'endors au
bout de deux chansons, tellement c'est relaxant ! (rires)
Hans: Il y a un magazine en Hollande,
High Life, un canard qui ne parle que d'herbe et de la culture qui va avec,
aux deux sens du terme, eh bien, ce sont des fans de The Gathering et
ils parlent souvent de nous ! Sinon, je sais que dans n'importe quel
coffee-shop de Hollande, ils possèdent au moins un CD de The
Gathering ! (rires)
Et vous, vous fumez ?
Hans: Ben oui, on vient de Hollande ! Pas
souvent, mais ça nous arrive. On ne fume jamais en jouant ou pour
composer, en tout cas. Tu sais, chez nous, ça n'a rien
d'extraordinaire, et dans l'ensemble, chacun est assez responsable. Ce n'est
pas comme avec les narco-touristes qui se rendent à Amsterdam pour
fumer joint sur joint dans un minimum de temps. Dans la culture
néerlandaise, c'est absolument normal, c'est comme l'alcool chez
vous... Qui est un poison bien plus dangereux.
Anneke, tu as participé à un enregistrement avec un orchestre classique...
Anneke: Oui, chaque année, le
Metropool Orchestra enregistre une grosse émission de
télévision. Les responsables de l'orchestre font appel
à des chanteurs de groupes hollandais. En l'occurrence,
l'année dernière, ils ont choisi The Gathering, donc moi. Les
chansons ont été réarrangées par deux
compositeurs qui ont fait un travail formidable. Mais c'est normal, ils sont
fans de Frank Zappa et étant donné que c'est mon héros,
je ne pouvais qu'apprécier la façon dont ils ont
transformé ces titres de The Gathering. Ces morceaux seront
sûrement disponibles sur nos prochains maxis.
Nicolas RADIGUET
Olivier ROUHET
Photos: D.R.
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